ATLA

Déambulation, flânerie
Régimes appropriés de perception

Entre exposition, installation et représentation scénique, A travers les aulnes propose une déambulation chorégraphique et immersive. Ce choix s’inscrit dans le prolongement de nécessités déjà mises au travail lors des dernières créations de Louise Vanneste : déjouer la réception frontale, plonger le spectateur dans une plus grande intimité avec l’objet chorégraphique, sans annuler pour autant son plaisir de la contemplation, lui laisser la possibilité d’inventer son propre rapport au temps et à l’espace en faisant coexister dans une simultanéité différentes entités autonomes.

L’objet chorégraphique rompt avec une représentation frontale qui serait saisie à distance par le seul organe de la vue : il implique l’ensemble des moyens d’appréhension sensoriels. Il se fait environnement et intègre à sa logique aussi bien l’organisation de ses modules, son atmosphère que la circulation du spectateur. La chorégraphie fait corps avec celui qui la vit. Comme dans une œuvre plastique, le danseur peut être simplement en présence de celui qui le regarde.

Les enjeux dramaturgiques et d’écriture reposent ainsi sur un agencement et un montage d’éléments hétérogènes qui pré-existent au dispositif d’ensemble.

Moments chorégraphique, isolés et ensembles

De par son caractère immersif, A travers les aulnes propose des « moments » chorégraphiques régis par des espaces – temps distincts. Les intervalles entre ces espaces physiques et les temporalités qui s’ouvrent entre chacun d’entre eux importent tout autant.

C’est une forme volontairement interrompue, disruptive, qui sera composée ici, où les vides auront la même valeur que les pleins, les interstices seront pensés au même titre que les entités elles-mêmes. Ces modules indépendants se répondent de manière dynamique au sein de l’archipel qu’ils organisent.

Les principes de symétrie, de répétition et de ressemblance dissemblable, déjà très présents dans les œuvres de Louise Vanneste, font aussi écho aux liens entretenus entre Robinson et Vendredi dans le roman de Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du pacifique, source d’inspiration première de A travers les aulnes. La géographie de ces rapports servira d’outils au montage et au dispositif global.

Effacer la notion de médium au profit de la chorégraphie

Le corps dansé n’est pas un élément omniprésent. La vidéo, la lumière, le son prennent son relai, se lient et s’autonomisent pour écrire. Ils font tout autant corps dans l’espace qu’ils posent d’autres enjeux de perception du temps, du mouvement, appellent d’autres corps. Les problématiques chorégraphiques dépassent le corps en scène. Sa représentation dans un cadre cinématographique par l’intermédiaire de l’écran, sa présence discrète, voire son absence démultiplient les perspectives chorégraphiques.

Qu’est-ce qui fait chorégraphie ?
Comment se fait la lecture chorégraphique ?
Quel type d’écriture suppose ce contexte particulier ?
Et comment introduire de la continuité et de la lisibilité dans un contexte fragmenté ?

Littérature

Vendredi ou les limbes du Pacifique de l’écrivain Michel Tournier est le point de départ d’A travers les aulnes, c’est bien le roman qui génère l’environnement chorégraphique. Tournier y fait le récit du mythe de Robinson Crusoé, depuis son naufrage sur une île déserte jusqu’à sa rencontre avec Vendredi. Il porte une attention particulière à l’expérience physique de Robinson confronté à la solitude, à la terre comme matière élémentaire, à l’animal, à la chaleur du soleil et, avec Vendredi, au corps de l’autre comme outil de travail ou comme miroir de soi surgissant après 28 ans d’isolement.

Au travers de ce roman décrit comme une aventure philosophique, Robinson pourrait être l’archétype de l’homme occidental d’aujourd’hui : il marque son attachement à la civilisation pour survivre psychologiquement sur l’île déserte de Speranza. Quant à Vendredi, il symbolise plutôt ce qui manquerait à Robinson : il va lui permettre de se défaire de l’influence de la civilisation et d’aller à la rencontre de l’île.

L’île est investie comme espace isolé, comme territoire que Robinson doit s’approprier, à la fois comme condition de solitude et compagne. Le paysage demeure une image relativement immobile, totalement dénuée d’humains.

Les extraits du roman qui décrivent les corps des personnages de Robinson et de Vendredi en action deviennent sources d’écriture chorégraphique. Souvent, le procédé d’écriture de Louise Vanneste consiste à partir de situations réelles pour initier des mouvements et des suites de mouvements, certaines qualités et certains états de présence. Il peut s’agir par exemple d’un entrainement de boxe, du fait de mesurer un espace ou d’un astronaute qui effectue une sortie de son véhicule pour réparer une station spatiale (Thérians, 2017, Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis). Le corps se met au service des nécessités physiques de la situation imaginée et de son évolution. Il génère un vocabulaire, une dynamique et un phrasé chorégraphiques propres à cet imaginaire. Ce n’est ni du mime ni du théâtre sans parole. C’est plutôt une opération de traduction et de transposition réalisée par la danseuse ou le danseur. La situation réelle est une source d’inspiration qui projette le corps dans un état et un contexte spatio-temporels précis et dans lequel les danseurs évoluent. Il y a lien instantané entre l’activité mentale (ici elle-même issue de la remémoration d’une situation d’un livre) et la production spatio-temporelle du corps en mouvement.

Cartographie

Avec le roman de Tournier pour point d’appui, la déambulation comme condition de réception et l’usage des différents médiums, chorégraphier revient ici davantage à ouvrir une route dans le territoire de l’imaginaire. C’est une invitation faite au spectateur à déambuler au travers d’une carte chorégraphique fantasmée, ni totalement abstraite, ni tout à fait réelle, et qui présente un ensemble d’éléments indépendants qui se juxtaposent, s’effeuillent ou s’influencent.


Conception, chorégraphie et mise en espace Louise Vanneste

Vidéo Stéphane Broc
Musique Cédric Dambrain
Scénographie – éclairage Arnaud Gerniers, assisté de Benjamin van Thiel
Regards extérieurs Anja Röttgerkamp et Eveline Van Bauwel
Collaboration artistique Emmanuelle Nizou
Voix off Claude Schmitz

Interprètes Paula Almiron, Anton Dambrain, Amandine Laval, Elise Peroi, Gwendoline Robin, Gabriel Schenker

 

14, 15, 17 et 18 mai 2019
PREMIERE – Kunstenfestivaldesarts Bruxelles (Belgique)


Une production de Louise Vanneste / Rising Horses
En coproduction avec Charleroi danse, Kunstenfestivaldesarts, le Théâtre de Liège, les Halles de Schaerbeek, Le Gymnase – CDCN Roubaix / Haut de France…
En partenariat avec La Bellone (BXL/BE).
Charleroi danse s’engage à produire, présenter et accompagner les œuvres de Louise Vanneste durant trois années de 2017 à 2020.
Louise Vanneste / Rising Horses est accueillie en compagnonnage au Théâtre de Liège (2018-2022)
Louise Vanneste est artiste partenaire des Halles de Schaerbeek et accompagnée par Grand studio.
Avec le soutien de la Communauté Française.